HYPERLINK « http://www.leprophete.fr/2011/06/07/la-question-du-peuplement-de-la-colonisation-et-de-l-origine-du-conflit-hutu-tutsi-au-rwanda-f-rudakemwa/ » l « permalink » o « Lien permanent vers La question du peuplement, de la colonisation et de l’origine du conflit Hutu-Tutsi au Rwanda . F. Rudakemwa. » La question du peuplement, de la colonisation et de l’origine du conflit Hutu-Tutsi au Rwanda . F. Rudakemwa.

 A l’occasion du cinquantenaire des indépendances en Afrique, l’ONG SHALOM a organisé en avril 2011 à Florence un mois de rencontres, de réflexions et d’échanges d’expériences pour combattre les stéréotypes et les idées reçues à l’egard du continent noir ; pour dépasser les afro-optimismes et les afro-pessimismes superficiels. Dans ce cadre, le 28 avril 2011 l’abbé F. Rudakemwa a donné aux participants la conférence ci-après sur « le peuplement, la colonisation et l’origine du conflit Hutu-Tutsi au Rwanda ». C’est en substance la même conférence qu’il avait tenue à Gonfreville (France) le 20 septembre 2010 à la veille de la Journée Internationale pour la Paix.

Le thème qui m’est proposé aujourd’hui, c’est « La question du peuplement, de la colonisation et de l’origine du conflit Hutu-Tutsi au Rwanda ». Sans vouloir faire de l’érudition, qu’il me soit permis de dire que je l’ai abordé directement dans deux livres publiés chez l’Harmattan : « L’évangélisation du Rwanda 1900-1959 » (2005), et « Rwanda, à la recherche de la vérité historique pour une réconciliation nationale » (2007). Je l’aborde indirectement dans une série d’articles de fond que je publie depuis 3 ans sur le site HYPERLINK « http://www.musabyimana.be/ » http://www.musabyimana.be. Mis ensemble, les derniers de ces articles, groupés déjà sous le titre de « Mission possible : la réconciliation nationale au Rwanda », donneront lieu à un livre du même nom, dont j’espère qu’il sortira avant la fin de l’année prochaine.

1.Le peuplement du Rwanda

Sur la question du peuplement du Rwanda, il existe trois principales hypothèses. La première est celle qui dit que, si pas tous les Batutsi, du moins les Banyiginya sont descendus du ciel. La seconde fait de tous les Rwandais (Bahutu, Batutsi et Batwa) des frères, descendants d’un même père, Kanyarwanda fils de Gihanga. Selon la troisième hypothèse, la triple composition du peuple rwandais serait le résultat de flux migratoires multiséculaires, non point en bloc, mais par vagues successives.

Que dire de ces hypothèses ?

La première est évidemment une légende à dormir debout. L’historien doit cependant tenir compte des légendes et des mythes. Bien souvent, en effet, ceux qui ont intérêt à le faire pour se justifier ou ceux qui ne parviennent pas à démêler le vrai du faux croient à ce que les mythes et les légendes racontent. Et ils se comportent en fonction de leur foi, de ce en quoi ils croient. Le mythe des origines célestes des Abanyiginya et d’autres Batutsi, par exemple, a fait du tort au Rwanda et aux Rwandais. Pour le comprendre, il suffit de se rendre compte qu’il pulvérise en théorie et en pratique la seconde hypothèse selon laquelle tous les Rwandais sont frères.

A propos de cette seconde hypothèse, l’existence historique d’un sage, d’un héros du nom de Gihanga est prouvée. Mais qu’il ait créé le Rwanda et qu’il soit le père de tous les Rwandais, cela n’est pas sûr. Dans les années 1950, les Bahutu qui étaient lésés dans leurs droits recourront à cette hypothèse pour réclamer leur part du patrimoine commun. Comme il sied entre frères. Ils se heurteront à un refus net et catégorique basé sur la première hypothèse et sur des éléments de la troisième hypothèse que nous allons examiner.

Il y a tellement de ressemblances entre les Hutus et le reste des Bantous ; entre les Tutsis et les peuples nilotiques ; entre les Twas et les indigènes des forêts naturelles de l’Afrique équatoriale, que ce serait faire preuve de mauvaise foi que d’écarter avec dédain et du revers de la main toute hypothèse des migrations au Rwanda. C’est l’hypothèse la plus probable. Non plus une hypothèse, mais une thèse fondée non seulement sur une observation empirique, mais aussi sur des données scientifiques solides et fiables.

Les jeunes générations de Rwandais fatigueraient à comprendre que des territoires faisant aujourd’hui partie intégrante du Rwanda unifié étaient autrefois des entités politiques, de petits royaumes autonomes. Certains d’entre eux avaient des gouvernants Bahutu, d’autres avaient des gouvernants Batutsi. La plus grande différence entre les petits royaumes hutu et ceux tutsi de l’époque était l’organisation socio-administrative. Très hiérarchisée chez les Batutsi ; de type familial, plus participée et moins oppressive chez les Bahutu. Pour cela, la gestion de la chose publique chez ces derniers était plus ou moins saine. Elle ne constituait en tout cas pas une source de grosses frustrations. Cette façon de concevoir et d’exercer le pouvoir s’est reflétée dans la poursuite de l’unification, de l’intégration dont tous ressentaient la nécessité.

Pour les Bahutu, au fur et à mesure qu’ils procréaient et se multipliaient, leurs territoires et leurs systèmes de gouvernement, cessaient d’être familiaux, devenaient claniques, puis lignagers, pour aboutir enfin à des entités indépendantes les unes des autres, mais solidaires entre elles. Dans le langage moderne, on pourrait parler de fédérations. Pour les petits royaumes gouvernés par les Batutsi, et notamment pour le «Rwanda de Gasabo» qui donnera ensuite le nom à tout le pays, l’unification, l’intégration devait se faire par la guerre, l’annexion, la conquête.

Chacune de ces procédures a ses avantages et ses inconvénients. L’inconvénient majeur des conquêtes consiste en ce que les Banyiginya du «Rwanda de Gasabo » traitaient les petits royaumes annexés , c’est le cas de le dire, en «territoires conquis». Ils leur imposaient un système socio-économique très oppressif, appelé “Ubuhake” en langue rwandaise, “féodalité” en français ; mais la traduction n’est que très approximative. C’est un système plus facile à décrire qu’à définir, un système qui tenait à la fois de la féodalité et de l’apartheid avant la lettre comme je le prouve aux pages 35-36 de ce livre (Rwanda, à la recherche).

2.La colonisation du Rwanda

Le Rwanda a d’abord été une colonie allemande. La date conventionnellement retenue comme début de la colonisation allemande au Rwanda est l’an 1889. Le protectorat allemand sur le Rwanda finira le 6 mai 1916, date à laquelle Kigali tomba aux mains des troupes belges. La Belgique colonisera le Rwanda jusqu’à son accession à l’indépendance le 1 juillet 1962. Elle y a maintenu le système de gouvernement indirect instauré par les Allemands. C’est-à-dire que les autorités coloniales se choisissaient des auxiliaires parmi les indigènes. Une fois formés, ces auxiliaires servaient d’intermédiaires entre le colonisateur et le reste du peuple. Au Rwanda, les Allemands et les Belges ne choisirent leurs auxiliaires que parmi les Batutsi.

Le peu que je viens de vous dire sur le peuplement et la colonisation du Rwanda nous permettra de comprendre l’origine des conflits Hutu-Tutsi. Les Bahutu auraient-ils donc été jaloux à l’égard des Batutsi, et ce serait là l’origine du conflit hutu-tutsi au Rwanda ? Non, ce n’est pas cela.

3.L’origine du conflit hutu-tutsi au Rwanda

L’origine de ce conflit est un facteur lié, certes, au peuplement, à l’unification et à la colonisation du Rwanda. Mais un facteur qui pourrait tout aussi bien semer la zizanie entre deux individus, (par exemple deux conjoints, deux amis), entre parents d’une même famille (noyau ou élargie), entre associés ou entre citoyens de n’importe quelle nation. Il s’agit de la

tendance néfaste de ceux qui détiennent l’autorité à la faire servir indûment à leur propre avantage et à l’avantage de leurs proches ou de leurs amis

(Vicaires apostoliques du Rwanda et du Burundi, Lettre pastorale sur la vertu de la justice, avril 1957, p. 2.)

Poussez cette tendance à l’extrême, et vous aurez trouvé l’origine du conflit hutu-tutsi au Rwanda, jusqu’aujourd’hui. Je voudrais illustrer cette affirmation.

*Plusieurs écrits sur le Rwanda d’aujourd’hui parlent d’un malaise social dû au fait que depuis 1994 le régime du FPR favoriserait :

1°. les Batutsi anglophones rentrés d’exil en Ouganda en 1994,

2°. les Batutsi anglophones rentrés d’exil dans d’autres pays,

3°. les Batutsi non anglophones rentrés d’exil dans divers pays,

4°. les Batutsi rescapés du génocide d’avril 1994 au Rwanda,

5°. les autres Batutsi.

Ce malaise pourrait très facilement dégénérer en un conflit non seulement entre les Batutsi et les Bahutu qui se sentent discriminés ; mais aussi entre les Batutsi eux-mêmes convaincus qu’ils ne sont pas tous logés à la même enseigne.

*Il était reproché au régime du président Juvénal Habyarimana (1973-1994) de favoriser d’abord les Bahutu du nord, ensuite les Bahutu du sud et de laisser des miettes, quand il y en avait, aux Batutsi.

*Du temps de la première république (1961-1973), c’était l’inverse. Les Batutsi se lamentaient d’être défavorisés et que le régime du président Grégoire Kayibanda favorisait les Bahutu du centre d’abord, et ceux du nord ensuite.

*Durant toute la période coloniale (1889-1959), les Batutsi avaient accaparé tout. Non seulement dans l’indifférence, mais aussi avec les encouragements et la complicité active des autorités coloniales. Il n’y avait même pas de miettes pour les Bahutu. Sous le règne de Rudahigwa (1931-1959) et suite à la monétarisation de l’économie, comme je le dis aux pages 215-216 de ce livre (L’évangélisation du Rwanda), les relations interethniques au Rwanda tombèrent même sous la coupe de la loi d’airain, en vertu de laquelle le plus fort exploite le faible, et lui laisse juste le nécessaire pour qu’il survive et continue à produire. C’est de cette époque également que remonte au Rwanda le phénomène idéologique du “passage de l’histoire au mythe”, c’est-à-dire :

Le processus rétrospectif selon lequel un individu ou un groupe d’individus transforme au moyen du discours, un événement passé ou contemporain en le re-présentant [sic] comme un modèle initial, intemporel et incontestable de la pensée et de l’action

(MBONIMANA G., Christianisation indirecte et cristallisation des clivages ethniques au Rwanda (1925 – 1931), Université Catholique de Louvain, Centre d’histoire de l’Afrique, s d., pp. 134 – 135.)

Dans le cas concret du Rwanda, le fait que les autorités coloniales ne choisissaient leurs auxiliaires que parmi les Batutsi renforça chez ceux-ci le complexe de “race supérieure”. Idéologiquement, le monopole dont ils bénéficiaient dans tous les secteurs fut transposé dans la période précoloniale et qualifié de “traditionnel”.

Ce qui est évidemment faux parce qu’à l’avènement de la colonisation, les Batutsi ne dominaient qu’au centre. C’est seulement sous la colonisation et grâce à la présence coloniale que leur pouvoir s’étendra à tout le Rwanda tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Quand au milieu des années 1950, les Bahutu se mettront à réclamer leur part du patrimoine commun, ils ne se heurteront pas à un refus catégorique des autorités coloniales. Une fin de non recevoir à leurs requêtes viendra plutôt du noyau dur de l’élite tutsi. En conclusion, l’origine du conflit hutu-tutsi au Rwanda se trouve dans la « tendance néfaste de ceux qui détiennent l’autorité à la faire servir indûment à leur propre avantage et à l’avantage de leurs proches ou de leurs amis». Si cette tendance persiste, si un Etat de droit n’émerge pas au Rwanda, alors les Bahutu et les Batutsi vont encore une fois s’étriper comme ils le font de manière récurrente depuis 1959.

Abbé F. Rudakemwa

Tel : 00390763732085

E-mail : rdfkm@yahoo.fr

In HYPERLINK « http://www.leprophete.fr » http://www.leprophete.fr, le 7/6/2011.

gato (mercredi, 08 juin 2011 22:04)

Yemwe basomyi, ubanza abanyarwanda cyangwa abirabura muri rusange tutarakara bya nyakuri. Mbonye iyi foto umuginga (mumbarire sinshatse gutukana ni ugutebya gato), w’umuzungu afashe icyuma, apima izuru ry’uriya munyarwanda binyibutsa byinshi kandi byongera kuntera kwibaza. Ese mama yasanze uriya munyarwanda ari bwoko ki!!!!? Njye rero biriya birandakaza cyane, iyo mbonye kariya gasuzuguro, nibaza niba abirirwa bashyira imbere ivangurabanyarwanda batabona ko mu by’ukuri dusangiye iherezo (destin). Nguko gusuzugurwa, nguko kwitwa ko tutagira ubwenge n’ibindi…, hanyuma twarangiza tukivuga ibigwi by’abishe benshi. Mubona koko turi serieux (serious). Bantu mutuyobora, ntimubona ko mukwiye guhindura umurongo, mukumvikanisha abanyarwanda? Mwakwigishije abanyarwanda ko umwanzi ari umwe =Ubutegetsi bubi, burangwa no gusahura iby’igihugu bwikubira (abanyakazu), bwumvira ba shebuja b’abazungu aho kumvira rubanda. Mwabigishije ko umwanzi ari ba mpatsibihugu batifuza ko dushyira hamwe, bityo ngo duhore mu bukene bo batera imbere. Bayobozi, mwakwiyigishije namwe ko igisubizo cy’ibyo bibazo kiri kuri mwe kuruta kuba kuri rubanda ngo ya hutu cg tutsi.

Nyamara igihe kirageze

karl (mercredi, 08 juin 2011 20:16)

Le FPR a toujours peur de la vérité historique. la raison simple ce que l’histoire met en cause sa régitimité d’ou la réaction vilurente des tutsi extremistes. Disons silence c’est bien ainsi acceptent d’être soumis et humiliés…or les hutu et les tutsi de bonne foi ne l’acceptent pas. J’ai peur que un à un moment ou l’autre un conflit du genre 1994 eclate. Il est temps de prévenir et éviter ce mal prévisible hutu et tutsi unissez vous pour dénoncer la dérive du pouvoir FPR kagame. il ne faut pas que les crimes d’un groupe soit attribués à tout les tutsi

ukuri (mercredi, 08 juin 2011 20:07)

Simbona impamvu bamwe mu basomyi b’inyandiko ya padiri Fortunatus bakomeje kwemeza ko iyi nyandiko igamije kwerekana ukuntu abahutu n’abatutsi batandukanye. Mu by’ukuri Fortunatus aragira ati mu Rda hari abahutu hakaba n’abatutsi. Noneho agashaka gusesengura impamvu hakunze kuba amakimbirane hagati yabo.

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